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L’être humain derrière la blouse

29/10/2020

L’être humain derrière la blouse

Ce qui est inhumain là-dedans, c'est de nier la vérité de l'instant. Par le Dr Sandy Plouvier.

" Nous avions cette conversation avec des consœurs de l'association récemment. On a tendance assez souvent à opposer les caractères de "scientifiques" et "d'humains" et à croire que la médecine scientifique moderne serait inhumaine. Ce qui est absolument faux. Simplement ce qui est inhumain là-dedans, c'est de nier la vérité de l'instant. 

Et la vérité de l’instant n’est pas toujours confortable. Loin s’en faut. 
Si la vérité de l'instant est "à ce jour voilà ce que l'on sait et on n'en sait pas plus et je me sens impuissant par rapport à votre symptôme ", c'est tellement plus vrai dans la relation que ce qu'on s'impose dans la posture du sachant. Ça n’enlève rien à toutes les fois où on est le vecteur juste du soin et de la guérison. 
Et si la vérité de l'instant est « en cet instant mon patient cherche une autre ressource et j’aimerais bien en savoir plus, cela me semble être de la superstition mais cela m’interroge quand même », alors c’est tellement plus vrai de suivre cet appel à découvrir plutôt que le réprimer par principe et par identification au métier.

J’ai découvert le Dre Nancy Yen Shipley récemment. Cette conférencière américaine et chirurgien orthopédiste, a avoué sur son blog (en anglais) qu’à l’époque où elle était étudiante en médecine, une petite voix dans sa tête lui disait : « Ils vont te démasquer, imposteur ! » et que ceci l’a suivie bien longtemps durant sa carrière. Ce « syndrome de l’imposteur » touche toutes les professions mais on sait que les médecins y sont très sensibles du fait des conséquences que peuvent avoir leurs décisions. La conclusion de l’étude canadienne publiée en 2018 dans la revue Academic Medicine sur ce sujet indique que « le doute de soi affecte de manière variable les cliniciens à tous les stades de leur carrière».
Pourtant il nous est asséné « ne montre jamais que tu ne sais pas, ne montre jamais que tu doutes ». Et c’est ce qu’apparemment on attend de nous. 
Intérieurement il se crée alors des stratégies de mensonges pour toujours laisser croire à la façade du sachant. Ce sont des postures et ces postures finissent par coller à la peau. 

 

L'identification à la fonction est très forte de manière générale dans ce monde et en particulier dans le domaine des soins et de la médecine. Il n'y a pas de jugement à porter là-dessus du tout mais simplement il y a quand même une certaine libération quand on comprend qu'on a une fonction bien au-delà de ce rôle-là…
La prise de pouvoir qu'implique le rôle auquel on s'associe est finalement délétère à la fois pour celui qui vient vous voir et pour soi-même. Car en fait on se fait violence à soi-même là-dedans. Il ne s’agit pas de nier nos savoirs, nos forces, notre capacité à soigner à traiter. Mais il s'agit de pouvoir se reconnaître aussi dans ses faiblesses, dans ses interrogations, dans son non-savoir, dans sa qualité de non-sachant quand c'est le cas. 
Et oui le fait de pouvoir dire pour un médecin « je ne sais pas » est difficile. On nous apprend qu'il est inconcevable de pouvoir avouer au patient qu'on ne sait pas ou qu'on n’a pas les réponses. Je suis un être humain avant tout car si je suis identifiée à mon rôle de médecin, je dois assumer le fait que je saurais tout notamment sur le fait de prendre en charge un patient, que je connais tout de son corps de son fonctionnement et ça c'est en fait un immense mensonge ! Le doute fait partie intégrante de nos existences.

 

Par ailleurs, cela nous renvoie aussi à notre propre sensation d'impuissance par rapport à nous-mêmes. La relation thérapeutique est aussi une extériorisation, une projection à l'extérieur de soi de son rapport à soi-même et donc de son rapport à l'impuissance et ici particulièrement à l'impuissance corporelle - la peur de la maladie, la peur de la mort-. Ce sont des espaces très souffrants à traverser. Mais l’authenticité passe par là. 

 

Nous pouvons diversifier à l’extrême le panel de méthodes de guérison : la médecine classique scientifique continue de réaliser des prouesses et les médecines dites alternatives s’enrichissent chaque jour de nouvelles manières d’aborder l’humain. Et là dedans, on peut considérer que chacun d’entre nous joue parfaitement sa partition.  La seule chose qui peut être rajoutée à cela, c’est la conscience qu’au-delà des corps physiques, il y a aussi beaucoup de travail à effectuer sur nous-mêmes. "

 

Extrait d'interview par Céline Dupuy (professeur de yoga) et Sylvie Dezeustre (psychologue)

Un corps heureux Être acteur pour une meilleure santé