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Comment ça « conscientiser mes chakras » ???

18/12/2020

Comment ça « conscientiser mes chakras » ???

Par le Dr Sandy Plouvier

Les approches des médecines « énergétiques » nous invitent à être consciemment connectés à certains centres de circulation d’énergie classiquement appelés les chakras. 
Pourtant, ne pas avoir conscience d’un centre énergétique ne signifie aucunement que celui-ci ne soit pas parfaitement à même de laisser circuler l’énergie. Il semble que nous puissions très bien vivre et fonctionner physiologiquement sans aucune connaissance de l’existence de ces centres, ces « points » de concentration et/ou de circulation énergétique. Il y a d’ailleurs en occident beaucoup d’individus qui - sans aucune connaissance de ceux-ci - vivent avec une circulation énergétique des plus fluides et se considèrent en excellente santé.  On peut alors se demander quel est l’intérêt de porter son attention consciente sur ces centres énergétiques… 


Tout cela est à remettre dans un contexte socio-culturel. En effet, l’Occident s’est longtemps contenté de la classique définition des 5 sens tournés vers les informations environnementales extérieures, oubliant les sens dits « internes ». Aujourd’hui l’intéroception fait l’objet d’une attention toute particulière. 


Intéroception signifie littéralement saisir(-ception) l’intérieur (intero). L’intéroception nous informe sur l'état de notre propre corps. C’est la capacité à prendre conscience des sensations corporelles et réponses physiologiques. On peut dire qu’elle est la capacité de communiquer avec son organisme. Évidente pour la soif ou la faim, elle l’est pourtant beaucoup moins pour des signaux plus subtils qui passent souvent inaperçus. 
Son étude est réhabilitée depuis une vingtaine d’années, notamment dans les neurosciences, la psychophysique, la psychologie des émotions, l’apprentissage et le biofeedback. L’interoception est supposée jouer un rôle majeur dans l’émergence de la réponse anxieuse (par un manque de cohérence entre l’activation physiologique objective et son ressenti subjectif ) et dans le maintien d’un état corporel d’homéostasie. La prise de conscience de nos états internes influence par ailleurs les processus cognitifs de haut niveau et régule l’expérience émotionnelle. Il existe également une relation entre la conscience intéroceptive et la magnitude de l’expérience émotionnelle (les personnes qui perçoivent leurs signaux corporels avec plus d’intensité expérimentent également plus intensément les émotions) . Les perturbations des capacités intéroceptives s’associent alors au développement et/ou au maintien de certaines difficultés psychologiques (plusieurs états psychopathologiques, incluant les troubles alimentaires et les troubles du spectre de l’autisme, se caractérisent par des difficultés à discriminer et à interpréter les informations en provenance du corps). L’information intéroceptive est traitée notamment au niveau du cortex insulaire, une aire très profonde située dans la partie latérale du cerveau qui se charge de réguler des processus comme la conscience de nos émotions et les sensations corporelles.


Notre corps est en effet constitué de connexions, de récepteurs, de cellules et tissus qui sont source de messages que nous avons peu l’habitude de prendre en considération. 
Pourtant ces signaux transmis par nos intérocepteurs peuvent nous aider à agir de manière plus saine au quotidien. La « conscience » des signaux internes requiert trois étapes consécutives : la perception au niveau cérébral des signaux en provenance du corps via les viscères, l’orientation de l’attention vers ces signaux et enfin l’évaluation cognitive et la prise en compte de ces signaux avec l’influence sur le comportement et la prise de décision (feed-back intéroceptifs). L’intéroception est ainsi liée à une meilleure prise de décision intuitive.


De plus, la sensibilité aux signaux corporels permet d’être plus conscient et attentif à nos réactions automatiques et de s’en libérer plus facilement. Ainsi, une bonne intéroception offre un accès à une meilleure maîtrise de soi. On peut également citer une étude réalisée en 2011 par le psychophysiologue Hirokata Fukushima mettant en évidence le lien fort entre cette fonction intéroceptive et l’empathie.


Enfin beaucoup d’entre nous – qui portons pourtant une grande attention à notre hygiène de vie (nutrition, soins…) - sommes souvent peu attentifs à l’écoute consciente des signaux corporels internes. Tout comme les athlètes qui font souvent preuve d’une grande finesse dans l’analyse de leurs ressenti, cette écoute nous aiderait aussi à soutenir notre santé en comprenant ces indicateurs qui, parfois, nous préviennent d’un déséquilibre latent avant la survenue d’un épisode pathologique. 


Des pratiques comme la Mindfullness permettent de renouer avec ces sens « internes »… Habiter et comprendre son corps relève d’un art avec lequel l’occident renoue progressivement. 


Ainsi cette invitation des médecines dites « énergétiques » à conscientiser des centres d’énergie (les chakras par exemple) est donc probablement la traduction avec « un autre vocabulaire » d’une intéroception très développée issue des contrées orientales habituées à moins disperser l’attention à l’extérieur au profit d’une vie intérieure plus riche.

 
Bien sûr, il n’est pas question ici d’avoir conscience de toutes les particules de nos corps. Il serait certainement difficile pour nous de ressentir individuellement chaque signal. La question est plutôt de concevoir si nous occultons volontairement ou involontairement (au sens de inconsciemment) des signaux internes potentiellement perceptibles. 


Mais surtout développer cette écoute intéroceptive participe à cette sensation de santé globale, cette espèce de « joie cellulaire » qui se répand et se communique en nous et à travers nous. Il ne s’agit pas d’une joie mentale déclenchée par des mots ou par l’idée de la joie, elle est corporelle, organique, « viscérale ». On peut la décrire comme une chaleur diffuse ou un pétillement dans l’ensemble du corps qui donne l’impression de reprendre contact avec chaque particule oubliée de notre organisme. De la même manière que lorsque nous écoutons une œuvre qui nous touche particulièrement ou que nous contemplons la nature, c’est in fine à cette joie purement corporelle que la voie de l’intéroception nous amène. 

L'instabilité des certitudes Médecine et Santé, aujourd'hui, et demain ?