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Lettre à Hippocrate

01/27/2021

Lettre à Hippocrate

par le Dr Sandy Plouvier

Hippocrate,

 

On dit de toi que tu es le père de la médecine. Me permets-tu le tutoiement puisque je suis alors l’une de tes petites-filles ?

 

Ton nom réveille en moi un grand respect. Il faut dire que le serment qui porte ton illustre nom marque une étape cruciale dans la vie d’un médecin.
Il fut modifié par la faculté de Montpellier et on ignore si tu en es réellement à l’origine mais peu importe, c’est tout ce qu’il porte de ton héritage qui nous intéresse ici.
Il comporte divers points mais surtout il parle d’intégrité. Et lorsque cette intégrité est mise à mal, un jeu de mot ne peut que s’imposer : « hypocrite ».

 

Intégrité ? Corrige-moi si je me trompe, il s’agit bien du respect inébranlable de la vérité en soi, de notre conception intime du bien commun et du respect d’autrui : faire en toute circonstance de son mieux avec les données extérieures et intérieures à notre disposition. 
Alors, mon célèbre ancêtre, si tu voyais chacun d’entre nous aujourd’hui, je crois que tu serais fier. Oui, individuellement, je suis convaincue que chacun fait de son mieux avec des données scientifiques changeantes, avec ses expériences empiriques, avec ses croyances, avec son conditionnement, avec ses blessures, avec son élan vers l’autre, avec sa vocation.

 

Si tu étais là pour contempler les avancées des connaissances, tu serais admiratif du chemin parcouru depuis tes premières observations, tu serais curieux de toutes les pistes explorées ou restant à l’être, tu serais fier de tout ce soin porté à l’autre. Et là, je ne parle pas que des médecins : je me plais à croire que tu es le père de tous ceux qui soignent. L’aide-soignante joue sa partition dans un merveilleux don d’amour de proximité. Le rééducateur ne pourra souvent pas guérir mais il a soif d’améliorer les fonctions et de déjouer les limitations. Le thérapeute non médical est là, avec ses méthodes et pratiques que la médecine conventionnelle n’a pas eu le temps, l’énergie, l’envie ou l’intérêt d’explorer. Le chirurgien excelle dans la réparation. Le scientifique ne cesse de chercher…
Et moi, mon immense plaisir au milieu de tout cela, sais-tu ce que c’est ? 
C’est de contempler ta progéniture à l’œuvre. Les soignants depuis toujours me fascinent : eux, leurs relations, leurs patients, leurs « pourquoi » et leurs « comment » …


L’époque depuis laquelle je t’écris pourrait être assez déprimante pour qui souhaite l’harmonie dans le soin. Je t’avoue que si nos connaissances ont centuplé, que la science repousse les limites et que notre envie d’aider notre prochain est intacte, on ne peut pas dire que nous ayons beaucoup avancé vers l’unité et la cohésion. Les dissensions d’aujourd’hui font, comme à toute époque et en toute circonstance, résonner la défense de ses propres idées. 
Comme je te l’ai dit, chacun fait de son mieux mais le mieux de l’un est le pire de l’autre et inversement. Chacun se persuade toujours d’œuvrer pour le bien commun, le bien de l’un étant le mal pour l’autre et ceci à l’infini.

 

Si tu étais encore là, je veux croire que tu ne choisirais pas de camp et que tu verrais en chacun de nous l’intégrité hippocratique plutôt que l’hypocrisie présumée de notre temps. Et puisque tout est question de regard, alors je m’engage à suivre cet exemple. 
Si désormais je peux te voir - toi Hippocrate et ta vertu - derrière les yeux de chacun de mes confrères, alors j’aurai modestement rempli ma part pour contribuer à apaiser les divisions de mon époque. 

Rencontre WCWA L'instabilité des certitudes