Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit.

Association loi 1901

2021 © wecareweare. Tous droits réservés

 

 

La pression des demandes

31/05/2021

La pression des demandes

Par Agnès Ollivier MK

      En changeant de région et de mode d’exercice, je découvre actuellement la pression qui pèse de manière constante sur le système de santé, particulièrement dans les régions au fort pouvoir attractif pour les jeunes retraités. 
 Je rencontre des soignants-patients et des soignants-collègues qui expriment à travers leur ras le bol ou les mots de leur corps (TMS : tendinite, lumbago…) une difficulté à supporter la pression des demandes. 

Ce que j’entends est à la fois un désir d’en faire toujours plus et un sentiment d’être improductif (voir inutile) quand le corps bloque jusqu’à l’arrêt ou que les plages horaires supportées par le corps sont moindres que les collègues. Je sens en moi cette pression. Je me suis sentie, un temps, presque handicapée de ne pas pouvoir réaliser les horaires ou la cadence vécus par certains collègues. 

 


J’associe cette pression, le besoin d’être corvéable à merci et la réalisation de toujours plus d’actes, à 2 facteurs :

-  au niveau des soins conventionnés, la tarification est ressentie comme assez basse et demande d’avoir un nombre conséquent de séances pour gagner mieux sa vie. L’aiguillon économique est très présent autant dans les cabinets que dans les institutions, comme dans tous les secteurs de notre société finalement. Dans les institutions l’enjeu est de dépenser moins et ainsi d’accepter plus d’actes sans avoir plus de personnel. Chacun devra donc augmenter sa cadence ou bien accepter de terminer plus tard. La peur du manque s’invite régulièrement. 

- L’autre facteur qui pousse à être corvéable à merci est l’inverse du faire toujours plus pour avoir plus, dans son intérêt personnel. Il s’agit de l’idée d’être au service des personnes en difficultés avec abnégation, quitte à nier tous ses besoins. Le désintéressement et faire passer l’autre avant soi est un grand classique des soignants dévoués. Il est impossible pour certains collègues de dire non, de refuser des personnes dans le besoin. Quand il devient obligatoire de dire non, de mettre en liste d’attente (parfois pour plusieurs mois), la sensation de ne pas pouvoir répondre à la demande urgente ou qui semble indispensable peut être écrasante. Alors de nombreux collègues préfèrent s’asphyxier en acceptant le plus de personnes possibles. Le refus devient presque tolérable, sans trop de culpabilité, car le soignant sait qu’il est déjà au-delà de ses limites.

 


Derrière ces fonctionnements, j'ai rencontré 2 idées largement véhiculées dans notre société :

D’un côté il faut faire plus d’effort pour mériter plus (d’argent, de paix…) et de l’autre, on se doit de sauver l’autre car on le perçoit en péril sans notre aide. D’un coté la démarche consiste à faire toujours plus pour avoir plus (d’argent, de biens, de vacances…) pour être (enfin sans culpabilité, apaisée…) et de l’autre la boucle victime-bourreau-sauveur est le fondement des fonctionnements de mise au service aveugle. 

Ces 2 croyances, je les porte depuis l’enfance et je me sens finalement comme un poisson dans l’eau dans ce système asphyxiant. Sauf que ces idées-croyances, je le sais à présent, encouragent le déni de soi et éloignent de l’alliance avec les forces du vivant qui savent ce qui est bon pour chacun. Ce déni de soi et cet éloignement devient intolérable quand on en prend conscience. 

 


Ce système fonctionne à contre-courant, avec une volonté qui veut pour l’autre et pour la vie. Il n’est pas très étonnant que cela n’ encourage pas une fluidité des prises en charge, un accès léger et régulier pour chaque personne qui a ponctuellement besoin d’un point d’appui, d’un éclairage ou d’un soutien pour retourner dans le cours de son chemin singulier. 
La rivière de la vie dans cet univers est polluée par ces idées. L’accès aux processus de vie est bloqué ou freiné et toutes les dimensions du système (patients, soignants, corps, psychisme…) sont soumis à des réactions contraires au flux de la vie. 
Au lieu d’attirer plus de professionnels, les professionnels à saturation désertent, laissant leurs collègues avec une pression supplémentaire. Les postes ne sont pas pourvus car accepter ces postes c’est accepter de faire 3 fois plus de rendement que ce qu’on voudrait et/ou être prêt à dire non et à refuser son aide en permanence . Le cercle vicieux est en place. La saturation engendre la saturation. La pression engendre la pression et les ruptures brutales (burn out, départ non remplacé). 

 


Au delà de cette analyse, je me suis demandée quel système porteur de vie je voudrais rendre réel ? 

J’ai la vision d’un système où la confiance en la vie et dans son expression prédomine. Le nombre des demandes est pleinement accueilli. Il n’est plus question de croire que l’autre a besoin de nous car il est victime de son mal et que sans nous il ne va pas réussir à dépasser cette difficulté. La rencontre juste est vécue ; d’autant qu’il existe de nombreuses réponses possibles et que chaque parcours a ses enseignements à expérimenter. Il y a aussi la confiance que les réponses de l’univers sont en abondance, aussi bien pour le flux porteur de guérison et que pour le flux des revenus. 

Il n'est plus question de sauver l'autre mais d'être altruiste et compassionnel vis à vis de chaque être vivant. Dans cette vision, être en présence de cœur à cœur est le terreau de la réponse porteuse de guérison. L’outil, quelque soit sa forme (répétition de séance ou séance unique… thérapie manuelle, gestuelle… médicament… écoute.. danse, peinture… chirurgie… examens… méditation… conseil… échange…) est ici juste l’espace de la rencontre mutuelle. La forme devient malléable aux contours de la singularité de chacun dans cette relation unique.

La bizarrerie du monde