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Juste Être

10/11/2020

Juste Être

Après la panique du mental, par Linda - Infirmière

Une heure après avoir pris un antalgique à base de poudre d'opium, je suis prise d’une sensation de malaise intense, mon faciès est rouge écarlate, des violentes douleurs apparaissent brutalement dans le flanc droit, mon souffle est court et rapide, ma cage thoracique semble bloquée dans un étau, mon cœur tambourine la chamade. J'ai pris le volant depuis quelques minutes, je dois m’arrêter sur le bord de la route, j’ai la sensation que je vais mourir, les douleurs sont aussi intenses que l’accouchement mais localisées sous le poumon droit. Des nausées violentes me secouent du bassin à la gorge. 


Dès les premiers symptômes, j'observe mon mental cherchant à tout contrôler, il s’accroche à l’idée que je fais une allergie à un nouveau médicament, ne laissant pas de place à une autre option, il a besoin de savoir.
En appelant le 15, mon mental râle, grogne, supplie.


« Vous avez appelé le SAMU, ne quittez pas, un opérateur va vous répondre»
Je vais vomir
« Vous avez appelé le SAMU, ne quittez pas, un opérateur va vous répondre»
J’ai maaaaaaaaal au vennnnnnntre!
« Vous avez appelé le SAMU, ne quittez pas, un opérateur va vous répondre»
Oh, doux Jésus!
« Vous avez appelé le SAMU, ne quittez pas, un opérateur va vous répondre»
J’arrive plus à respirer!
«Vous avez appelé le SAMU, ne quittez pas, un opérateur va vous répondre»
Je vais crever…
« Ne quittez pas, un opérateur va vous répondre»
Il me faut une piqûre d’adrénaline
« Ne quittez pas, un opérateur va vous répondre»


Lorsqu’enfin une douce voix féminine décroche, le diagnostic est posé: je lui décris, entre les salves d’hyperventilation, les symptômes de ce que le mental a étiqueté «allergie ». Après d’interminables minutes à tenter de me géolocaliser, elle me passe le médecin. Musique douce qui n’adoucit rien. Tout répéter, à bout de souffle, avec l’idée que le SAMU va se déplacer avec l’adrénaline magique. «Les pompiers sont en route Madame», non le SAMU ne va pas venir me sauver. P…..!!
Répéter une troisième fois ce qui m’arrive au premier pompier, une quatrième fois au deuxième pompier, une cinquième fois à l’arrivée aux urgences, une sixième fois à l’arrivée du médecin, je craque.. «Ça fait dix fois que je le répète !!»

Et là, quelque chose lâche.
Quoi ?
Je ne sais pas.
Je suis.


C’est une journée noire aux urgences. Les couloirs sont encombrés de brancards. Tout le monde court partout. J’entends l’infirmière crier : « je ne peux pas m’en occuper avant 15 minutes ! » L’humanité avec laquelle l’aide-soignante m’aide à me déshabiller est une perfusion d’amour pur. Un stagiaire infirmier fait irruption, « Bonjour ! Je m’appelle G., je vais bien m’occuper de vous !», ce mot « bien » est la crème dans le chou.

Cocktail d’intraveineuse pour l’allergie, les nausées, les spasmes et la douleur. L’ouragan passe. C'est un effet indésirable de l'opiacé : un spasme du sphincter d'Oddi. Eureka ! Le mental est ravi de pouvoir poser une étiquette.


J’ai la sensation d’être passée sous un train. Rescapée, naufragée, je suis sidérée de retrouver un souffle plus calme.
Plus que tout, je me sens en profonde gratitude d'avoir pu être témoin et actrice de ce scénario, puissant révélateur des forces du conditionnement.


Et si je m'offrais la Grâce de ne pas savoir ? 
Et si je m'offrais la Grâce de simplement Être ?

Le corps d'accord Heureusement que je ne savais pas du tout ce que c’était...