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Le corps d'accord

08/01/2021

Le corps d'accord

Par Agnès Ollivier, kinésithérapeute et fasciathérapeute

    J’ai choisi mon activité professionnelle sur des motivations diverses. Je me sentais étonnamment tournée vers une meilleure connaissance du corps, alors même que le corps était le grand oublié dans mon univers familial. J’ai démarré mon activité de kinésithérapie avec un sentiment de manque, manque de performance de mon corps, manque de perception, manque de ressentis de ce qui l’anime voire difficulté à y être incarné. 
    À cette époque, cette absence de perception était ma norme. Ma vision de la santé était d’ailleurs, assez simple : La santé, c’est ne rien ressentir de désagréable, voire même de ne rien ressentir du tout. J’ai ensuite rencontré plusieurs patients qui avaient une approche assez similaire. À la question : « que ressentez-vous ? », ils exprimaient leurs zones douloureuses, qu’ils aimeraient voir disparaître, ou disaient « je ne sens rien », ce rien étant gage de : « tout va bien ! ».


    Progressivement ma vision du corps a évolué et aussi de ce fait ma vision de la santé. 
J’avais la vision initiale d’un corps bio-mécanique, machinerie impressionnante au service des désirs de la volonté et de la raison. Cette manière de voir était associée à un désir de performance linéaire, sans accrocs. Tout symptôme qui marquait un frein à ce corps machine était potentiellement frustrant. Alors même que je désirais un corps sain, je n’étais pas une bonne élève des conseils de prévention, que je donnais allégrement à mes patients. Bien manger, bien dormir, bien bouger devait permettre un corps sain, avec un minimum d’accros. Ce bien-faire volontaire pour s’assurer une paix des ressentis corporels a été progressivement remis en cause. 
    À présent, je vois le corps comme un système vivant au service de l’incarnation de la vie qui anime chacun. Le système corps est ainsi régulé vers un équilibre dynamique, par les phénomènes d’homéostasie. Je suis fascinée par la capacité d’ajustement permanent du corps pour maintenir son homéostasie, alors même que chaque système est soumis à des sollicitations, des déstabilisations permanentes. La santé est donc pour moi une capacité d’homéostasie et de régulation permanente au niveau biologique, hormonal, tonique, vasculaire, neurologique voire même énergétique. La santé est ainsi, aussi bien biomécanique, que perceptuelle, psycho-corporelle, énergétique et même spirituelle car chacune de ces dimensions peut être parfois saine ou en déséquilibre. 
    Ainsi un symptôme peut être vu comme un déséquilibre temporaire qui marque un défaut d’ajustement temporaire. Pour réguler ce déséquilibre, j’ai une grande confiance dans la puissance de régulation et donc de guérison du corps. En tant que soignant, j’aime être au service de ces forces d’auto-guérison, de résilience qui savent cicatriser, guérir et réguler le système corps, naturellement. 


    En revanche, une absence de symptôme n’est pas forcément un indicateur de santé. Je ne trouve plus que « ne rien sentir » est un bon indicateur. Au contraire, un corps en pleine santé est pour moi, un corps-conscient, capable de transmettre les informations perçues pour aller vers plus de soi. Or, quand il y a déni de soi, c’est-à-dire l’écoute des conditionnements extérieurs, au lieu de l’écoute du vivant en soi et de la joie d’être au monde, l’absence d’information de ce décalage me semble plutôt une perte de repère de sa boussole intérieure.  
    L’homéostasie doit aussi être capable d’évoluer vers une fréquence neuve, plus adaptée à qui on est et à qui on devient. Ainsi parfois, le réajustement passe par la transformation voire la transmutation de ce qui n’est plus utile pour le corps et le psychisme. 
    Pour aller vers cela, il me semble sain de percevoir avec discernement ce qui nous met en mouvement et de percevoir les échos et résonances, qui peuvent nous guider sur le chemin d’être pleinement soi-même.     
 
    Je m’interroge encore sur la vision de la santé que je partage dans mes soins. Je perçois régulièrement la demande du patient comme une demande de soulagement pour retourner à un état d’équilibre stable sans aucune perception. Je porte certainement encore, parfois, cette vision du soin qui voudrait permettre le retour vers un soulagement, vers un équilibre sans ressenti. 
    L’idée que moi soignant, je vais, par une force extérieure, soulager un patient n’est pas juste. 
En tant que soignant, je peux participer à remettre en lien avec les forces de vie, qui animent chacun, qui sont porteuses d’homéostasie et de guérison. Je peux participer à faire grandir la conscience et la confiance dans la guérison à l’œuvre. Je contribue à éclairer les résistances qui bloquent les forces de guérison. Je peux aussi participer à faciliter l’accueil de ce qui est, des possibles du moment et encourager à déployer l’usage de ce qui est disponible.
    Je peux aussi donner un coup de pouce pour encourager le système à s’ajuster et donner l’accès à la joie de ressentir avec plus de discernement (même quand ça semble désagréable) la vie qui oriente vers plus de « soi-m’aime ».  

Éloge du « bon sens » Juste Être