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Humilité et acceptation

08/05/2021

Humilité et acceptation

Par Christiane Schmits (infirmière)

À 52 ans, je vis ce que je vais nommer un oedème cérébral (il n’y a pas eu de diagnostic véritable).
Une céphalée intense démarre un matin, la pression douloureuse dans la boîte crânienne s’intensifie au cours de la journée. Je ressens que j’ai besoin d’un contexte sécurisant, chose dont je ne bénéficie pas car je vis seule. Je suis hébergée chez des amis. 
Il n’y a aucun répit dans la souffrance. Je suis à cette époque réfractaire à tout ce qui est traitement allopathique, je passe six jours dans un état extrême, avec hyperthermie à 40 degrés, transpiration profuse et impossibilité d’avaler quoi que ce soit sinon un filet d’eau. Je suis couchée en permanence, je m’affaiblis. Le septième jour, je quitte brusquement mon corps et je suis très vite bien loin de celui-ci. C’est aussi aisé que d’enlever un cardigan ! Je ne pense à rien, c’est la béatitude, car bien sûr, toute sensation corporelle a disparu. Je sais que je suis morte, je flotte dans un espace imprécis, particulièrement lumineux. C’est tellement agréable ! Je ne peux calculer combien de temps cela dure, mais une voix que je ne connais pas affirme au-dedans de moi : « je veux retourner sur la terre pour apporter de l’amour ! » Les amis n’ont, je crois, rien remarqué. Je ne leur précise pas quelle vient d’être mon expérience.

 

Les mots entendus résonneront encore fortement en moi les jours suivants. Le lendemain matin, mon amie (infirmière de formation comme moi) me conduit aux urgences. Mon état lui fait peur, confesse-t-elle, ça la dépasse. Ce n’est pas mon profond souhait que d’être à l’hôpital, mais j’accepte ses craintes et la remercie : elle fait du mieux qu’elle peut. Le médecin urgentiste pense à un AVC ou à une hémorragie cérébrale à bas bruit. Mais les examens approfondis ne révèlent rien, la prise de sang met juste en évidence un léger état inflammatoire (V.S. augmentée). Je suis hospitalisée, une perfusion coule dans mon bras et je reçois une intraveineuse d’analgésiques à diverses reprises. Quand le neurologue de garde me rend visite le surlendemain, il m’interroge une nouvelle fois sur ce que j’ai pu constater. Mon cas l’interpelle, il n’a aucun diagnostic à émettre, il pense à une maladie auto-immune et veut que je passe des examens complémentaires dans un autre hôpital. Je l’écoute mais je décèle chez lui une sorte de frustration : il est décontenancé devant mon cas qu’il ne peut étiqueter. Lorsqu’il quitte mon chevet, je ferme les yeux et me centre. C’est moins facile dans cet état d’affaiblissement extrême mais il y a un malaise au niveau de mon plexus depuis cet échange, je veux l’écouter.
Rester hospitalisée parce que ce médecin cherche absolument une cause à ce que le corps présente ? J’ai une réponse intérieure claire : je m’en vais ! J’appelle l’amie dont le nom vient d’apparaître à mon esprit, elle est d’accord de venir me chercher et de me loger pour la nuit. Je sonne l’infirmière pour qu’elle enlève la perfusion et, tranquillement, je m’habille. Je dois m’y prendre en plusieurs étapes, mais la motivation est suffisante pour que je réussisse. Je passe par la salle de garde où le personnel paramédical me regarde avec incompréhension tandis que je signe un document qui décharge l’hôpital de toute responsabilité.


Je me relève doucement de cette expérience, par étapes. Il faut six mois. Je suis encore obligée de me laver en deux fois, assise sur une chaise. Je mange et je dors, là est l’essentiel de ma journée. Je suis incapable de concentration, je ne sais pas lire, je ne tiens pas une conversation : je n’ai pas accès aux mots.
Une période toute nouvelle commence : je n’ai aucun revenu puisque j’étais indépendante. Comme je ne voulais pas céder à la peur de l’avenir, je n’avais pas pris d’assurance. Je deviens SDF durant une année : je suis logée de-ci de-là, chez des amis, parfois trois jours, parfois plus. J’ai encore ma voiture, elle est remplie d’effets personnels qui me permettent notamment de changer de vêtements. Je reçois parfois un petit don en argent. Je me fie à l’intuition, c’est elle qui me guide. Ceci m’oblige à prendre un temps de centration chaque jour et parfois plusieurs fois par jour. Parce qu’il faut taire les pensées, calmer les peurs éventuelles et écouter. Toujours écouter et suivre ce que j’ai reçu comme réponse.

 

Je suis en gratitude car je peux voir en permanence ce qui m’est donné en réponse à mes besoins quotidiens. Pas pour demain, pas pour dans un mois, pas pour rembourser ce qui attend : pour le jour même. En même temps, une autre Christiane regimbe. Révoltée, elle se demande : « pourquoi moi » ? Et ceci concerne avant tout ma vie professionnelle qui était passionnante, et dans laquelle je me sentais utile et joyeuse. Eh bien tout cela s’efface, ce n’est plus possible d’imaginer que je pourrai construire des projets de formation avant longtemps. Que vais-je faire ? Car toute ma clientèle va disparaître ou à peu près. Les dettes qui s’accumulent sont sources de tracas et de honte. Outre les cotisations que paie normalement un indépendant à l’état, j’ai d’autres factures qui s’accumulent.


L’intégration de cette situation bouscule pas mal la ‘personnalité’. Me trouver dans cette position humble, c’est une fameuse déconvenue pour l’ego. Avant, j’avais une place sociale, un certain charisme, j’étais appréciée par les êtres que j’accompagnais individuellement ou que je formais à l’hypnose. J’ai l’impression dorénavant que je ne suis plus rien. N’ayant pas d’argent, je ne participe plus à aucune activité sociale. Pourtant, je ne suis plus celle d’avant, je le ressens. C’est parfois confus car je suis encore en résistance. Au fond de moi, la phrase qui a été prononcée lorsque j’ai quitté le corps revient régulièrement : « je veux retourner sur terre pour apporter de l’amour ». Comment vais-je concrétiser cette mission ? De temps en temps, le petit ‘moi’ se rebelle : quand je suis aidée par une amie, nourrie ou logée, je veux un équilibre. Je veux surtout ne pas me sentir redevable : c’est plutôt cela qui me mine ! L’ego ne voit que les manques, il n’imagine pas un seul instant ce que j’offre autour de moi.


Deux années durant je résiste à ce qui est. Et puis j’intègre le choix de mon âme : c’est un chemin initiatique que je me suis choisi, un début de dépouillement en fait, une occasion d'humilité totale et d’acceptation.
Car j’ai beau chercher, je ne trouverai jamais plus de travail : mon être m'invite à l'intérieur.

Ni "pro" ni "anti"... juste à l'écoute de l'élan de la vie